Motion d’enseignant.e.s de l’UFR DSP (Paris-Nanterre) du 12 février 2018

Nous, universitaires enseignant-es et chercheur.ses de l’UFR Droit et science politique réuni-es le 12 février 2018 à l’Université Paris Nanterre pour obtenir des informations et échanger autour de la réforme en cours dans le cadre du projet de loi relatif à l’orientation et la réussite des étudiant-es, avons adopté la motion suivante :

1°) Les annonces diffusées sur parcourSup sont trompeuses dès lors que les modalités d’accueil des futurs étudiants ne sont pas encore fixées dans les établissements

Nous déplorons que la plateforme ParcourSup soit entrée en fonctionnement depuis plusieurs semaines déjà alors même que :

  • la loi relative à la réforme de l’orientation est encore en discussion au Parlement
  • de nombreux points essentiels demeurent indéterminés (les capacités d’accueil des formations, le choix d’une désectorisation partielle ou totale, les quotas d’étudiants boursiers etc.). Ces éléments sont déterminants pour définir une politique d’établissement et devraient être préalablement votés en UFR et dans les instances universitaires avant toute communication.
  • Le processus de réforme mené est anti-démocratique si les acteurs de l’enseignement supérieur ne peuvent faire des choix éclairés et que sont imposées des modifications substantielles des conditions d’accueil des étudiants sur la base de négociations bilatérales avec les rectorats et le ministère.

2°) Le système mis en place est porteur d’inégalités

Nous nous alarmons de ce que la réforme joue d’une concurrence entre universités, que confirment les mobilisations de certains établissements en faveur d’une levée de la sectorisation. Nous demandons un engagement ferme dans la loi sur le maintien de seuils de sectorisation selon les problématiques propres à chaque filière. Il faut couper court aux négociations actuelles qui tendent à accéder aux demandes de réduction des effectifs de certains établissements au détriment d’autres qui, indépendamment de leurs projets pédagogiques et de leurs moyens, sont contraints à des augmentations de leur nombre d’étudiants par compensation.

En outre, la discussion parlementaire laisse planer des incertitudes lourdes sur la prise en charge des étudiant-es boursiers de façon homogène sur le territoire.

Enfin, nous déplorons l’impasse d’un traitement différencié et du fossé creusé entre les universités sommées de se réformer et les autres filières sélectives qui bénéficient de plusieurs années de transition avant d’intégrer ParcourSup bien qu’ayant plus de moyens! Ce régime d’exception ne simplifie pas les choix des futurs étudiants et ruine la capacité d’anticipation des universités nécessaire à un meilleur accueil des nouveaux entrants.

3°) Une meilleure prise en charge des étudiants en licence suppose des moyens

S’il faut déplorer les taux d’échec en licence, il faut accepter de le lier au très faible taux d’encadrement des étudiants en difficulté, un sous-encadrement criant dans les filières en tension. La prise en charge des futurs étudiants reçus sous condition, les « oui-si », suppose de revoir leur cursus. Mais aucune initiative n’est possible ni encouragée à ce jour dans la perspective de la rentrée 2018. Sans moyen de faire évoluer les maquettes et l’organisation des parcours, les annonces resteront lettre-morte et la promotion 2018 sera une promotion-martyr.

Quelles que soient les appréciations que nous pouvons porter sur le bien-fondé de la réforme, nous exigeons d’une même voix des engagements fermes et transparents sur les moyens de sa mise en œuvre dans chaque filière. Dans celles en tension, les enseignants acceptent déjà des sur-services. Des centaines d’heures de cours sont aussi effectuées par des vacataires et les services administratifs peinent à organiser les études faute de moyens suffisants.

De nombreux départements universitaires travaillent depuis de trop longues années en situation de grave sous-encadrement pédagogique et administratif. La lutte contre l’échec en licence restera illusoire si son organisation n’est pas adaptée au public d’ici la rentrée. Il importe là encore que des engagements fermes soient rendus publics: soit une augmentation des effectifs enseignants, soit une diminution assumée du nombre d’étudiants dans les filières en tension!

4°) L’orientation active en amont des inscriptions ne doit pas devenir un outil de sélection

Nous sommes très favorables à ce que les étudiants soient mieux orientés, mieux accompagnés, leur motivation n’en sera que plus grande. Mais les outils de cette orientation ne doivent pas être négligés au risque de renforcer une sélection insidieuse sur le capital social des mieux informés. Les solutions jusque-là envisagées ont été improvisées dans l’urgence. Elles pourraient se révéler d’une utilité marginale, voire être contreproductives.

Cette année, par exemple, pour l’inscription en Licence de droit, la plateforme ParcourSup oblige tout-e candidat-e à remplir au préalable un questionnaire d’auto-évaluation élaboré et transmis directement par la conférence des doyens des facultés de droit, dans l’empressement et sans qu’une délibération puisse avoir lieu sur son contenu au sein des UFR.

Nous demandons donc de toute urgence la mise en place d’un mécanisme d’alerte sur la plateforme ParcourSup afin que les étudiant-es soient informé-es, sans équivoque du fait que les résultats n’ont aucune conséquence sur leur inscription, ne sauraient être pris en compte par les Universités et demeurent purement auto-évaluatifs.

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