Appel des étudiants de l’EHESS

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Le jour où les poules auront des dents.

Les étudiant.e.s mobilisé.e.s invitent les enseignant.e.s chercheur.e.s de l’EHESS à se mobiliser !

Ceci n’est pas une nouvelle tribune, ni un ènième appel à signature pour dénoncer les réformes brutales du gouvernement. Beaucoup de textes circulent déjà, paraphés par des collègues de l’EHESS, plus ou moins illustres et/ou précaires. La plupart des enseignant.es-chercheur.es de l’école sont en mesure de comprendre mieux que quiconque les rouages de ce qui se joue actuellement, qu’il s’agisse de la continuité d’une politique de libéralisation des universités avec « Parcoursup », de sa logique sélective ou de la transformation des jeunes générations en auto-entrepreneur.es  de leur vie, plus ou moins doté.e.s en capitaux pour y jouer un avenir.

Il est vrai qu’un grand nombre de séminaires de l’École traitent de questions sociales, des violences et de la souffrance. Mais lorsque les étudiants donnent de la voix, manifestent et prennent position contre la loi ORE et en soutien aux autres luttes actuelles, les enseignant.es chercheur.es restent absent.e.s. A part quelques tribunes de bon augure et parfois éclairantes, ou quelques tapes dans le dos d’encouragements, la réponse a jusque-là été bien dérisoire au regard des enjeux de la politique globale menée par le gouvernement actuel, qui fonce plein pot vers les impasses du néolibéralisme tout en se servant du prétexte de l’extrême-droite qui aujourd’hui mène la danse de l’opinion.

À croire que les  enseignant.es chercheur.es de l’EHESS vivent sur une île déserte inaccessible, dans un sanctuaire préservé à partir duquel ils ou elles peuvent se contenter d’observer avec un œil critique le monde et ses troubles.

De manière emblématique, le directeur de l’école, M. Prochasson, s’est exprimé dans Le Monde pour stigmatiser l’engagement à gauche sur les campus comme une attitude fuyante et affirmer qu’il  « n’est pas indispensable de fuir le monde pour mieux le comprendre ». Manifestement, cette rhétorique a pour but de délégitimer la présence des luttes en milieux universitaires à un moment où elles viendraient perturber la routine que d’aucuns trouvent sans doute confortable.

Pourtant quiconque étudie ou travaille dans cette école, sait bien que cette opposition entre un « vrai monde du dehors » et la vie de campus ne tient pas. L’ensemble que représentent l’EHESS, la MSH et les labos qui en dépendent, ne sont-ils pas touchés par la précarité, les hiérarchies et les discriminations de race, de genre, de classe et d’âge, par la surexploitation des personnels, le travail gratuit des sans-poste, ou encore des cas graves de souffrance au travail ? N’y sous-traite-t-on pas à des entreprises qui sous-payent et exploitent ses personnels, générant ainsi des hiérarchies et des divisions entre collègues ? Notre lieu de travail n’est-il pas aujourd’hui en proie aux mêmes agressions inacceptables que le reste du monde du travail ?

Alors, comment les enseignant.e.s et chercheur.e.s qui produisent un savoir critique sur ces mêmes réalités peuvent-ils ou elles accepter ces conditions et se taire ?

Lors d’un de ses concerts, le musicien de jazz Bernard Lubat parlait de l’omelette au lard pour faire entendre la distinction entre être impliqué et être concerné : dans une omelette au lard, disait-il, les poules sont concernées, mais les cochons sont impliqués.

A l’heure où la grande omelette libérale cuit joyeusement face à la sidération des un.e.s et à l’indifférence des autres, le 54 Boulevard Raspail et ses dépendances ne seraient-ils donc plus qu’un vaste poulailler où chacun joue sa partition solo?

Pour celles et ceux qui ont encore des ailes, et qui ne pondent pas que des œufs en or, nous appelons à une rencontre solidaire et discussion constructive entre salarié.es, chercheur.es, enseignant.es le Jeudi 3 mai au 54 bd Raspail à 10h.

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