Tribune de Serge Dufoulon

Cher(e)es collègues,

Outre que je souscris aux arguments de mes collègues concernant les dangers et l’horreur de Parcourssup, je pense que certains éléments non moins cruciaux, bien que symboliques peut-être, doivent être pris en considération.

Quels sont les nouveaux requis pour accéder à l’université ? Un cv et une lettre de motivation que la plupart d’entre-nous ne sommes pas à même d’entendre et de plus, pour des vœux hypothétiques  ? Ce sont des requis pour s’inscrire à Pôle emploi ! Oui on nous demande de casser les rêves de nos jeunes, de nos enfants souvent, afin de décider qui sera élu(e) pour participer à cette nouvelle mise en production des universités. On nous demande de faire savoir à nos futurs étudiants qu’il est temps que l’adolescence s’achève, eût-elle commencée, que l’errance trouve des ports d’attaches en terre de Pôle emploi ou dans une formation parfois mal ajustée pour certains à l’université. Terminé, on rentre dans les rangs !

Désolé mais je « flippe » pour ces étudiants et pour le mauvais rôle qu’on veut nous faire endosser ! Ma fille passe le bac cette année, et croyez-moi, elle m’a dit qu’elle ne pouvait faire un « vrai » choix tant il y a d’enseignements en de nombreuses disciplines inconnues qui l’intéressent ! Et oui, une grande partie du soi-disant « échec en 1ère année » n’est que l’errance normale lié à la construction d’un(e) Homme/Femme, c’est en tous cas ce que je constate en observant les parcours d’étudiant(e) et de nombreux collègues l’ont démontrés. J’ai moi-même erré longtemps avant de trouver ma place… Toujours mal assurée…

De plus en plus, on demande à l’université de former pour acquérir des compétences performatives à moindre coût l’obligeant à collaborer plus qu’il ne se doit avec les marchés du travail au de l’expansion des formations professionnalisantes. C’est là que se propage « le culte de la performance et la fatigue d’être soi » qui rend les sociétés malades pour emprunter à Alain Ehrenberg. Nous ne formons pas que des étudiants à nos disciplines, nous contribuons aussi à former des citoyens, des hommes et des femmes sachant réfléchir et libres de leurs choix, ça prend du temps…. Faut-il le dire ? Nous sommes les gardiens de rêves d’avenir des étudiant(e)s, de leur Temps ! Peut-on en accorder un peu de ce Temps à nos étudiant(e)s ?

Certains d’entre-nous ont connu des étudiants qui venaient à l’université pour le plaisir d’apprendre, reculant le moment d’entrer dans la vie active en suivant plusieurs disciplines et en passant de nombreux diplômes avec succès, attendant peut-être le moment qui s’imposerait comme « allant de soit » pour accomplir ce qu’ils devaient faire….

Voilà cher(e)s collègue en quelques mots ce que je souhaitais vous dire.

Serge Dufoulon
Sociologue/Anthropologue
Université Grenoble Alpes

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