Hold-up du « fonds pour l’innovation de rupture »

Des start-up innovantes.., pour boucher les trous

Hervé Martin, Canard enchaîné, mercredi 27 juin 2018

C’ÉTAIT l’un des projets emblématiques du candidat Macron : financer les start-up porteuses d’avenir – informatique, intelligence artificielle, santé, etc. – grâce à un « fonds pour l’innovation de rupture » doté de 10 milliards d’euros. Un pactole issu de certaines privatisations – celle d’Aéroports de Paris (ADP) et de la Française des jeux, notamment-, selon la doctrine macronienne de la « gestion dynamique des actifs de l’État ». Le programme prometteur s’est insensiblement transformé en une vulgaire machine à financer le déficit de l’Etat.

Le 2 mars 2017, le candidat Macron présentait ce futur fonds comme devant « démultiplier la dynamique de l’industrie du futur ». Excusez du peu. En septembre 2017, cependant, Martin Vial, commissaire aux participations de l’Etat, a publiquement précisé que seuls les dividendes des actions placées dans le fonds – 500 millions par an, estime-t-il – seraient investis dans l’innovation.

Le 7 juin dernier, devant la commission des Finances de l’Assemblée, Bruno Le Maire finit par lâcher que le fonds « sera un investissement en obligations assimilables du Trésor [OAT] », c’est-à-dire qu’il servira d’abord et avant tout à désendetter l’Etat. Le banquet de noces de la France avec ses start-up innovantes se termine en tambouille budgétaire.

Problème, en plus de ce virage sur l’aile : les OAT ne rapportent rien, leur taux d’intérêt est même parfois négatif. Placés sur un an, les fameux 10 milliards pourraient coûter 60 millions à l’Etat ! Placés sur dix ans, ils ne feraient entrer que 70 petits millions dans les caisses. Très loin de l’objectif- même revu à la baisse par Le Maire – de « 200 à 300 millions par an ».

Soucieux de combler le manque à gagner, des experts de Bercy à l’imagination fertile proposent que le gouvernement définisse un « rendement théorique » du tonds qui produirait 300 millions par an. Et la différence entre le rendement réel (70 millions avec les OAT) et le théorique (300 millions) – soit 230 millions – sera prise… sur le budget de l’Etat.

Tout ça pour ça.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s