Université de Lille : « au bord de l’asphyxie »

Université de Lille : « au bord de l’asphyxie », plusieurs composantes protestent contre les choix budgétaires pour 2019 Six doyens et directeurs de composantes de l’université de Lille protestent, dans une lettre ouverte, contre les restrictions d’embauches annoncées pour 2019. Estimant que l’établissement est « au bord de l’asphyxie », ils menacent de « prendre les mesures qui s’imposent » : réduction des capacités d’accueil en licence, tirage au sort pour les TD… Six composantes – sur une vingtaine – ont aussi adopté des motions contre l’absence de recrutement d’enseignants-chercheurs titulaires. « Ces motions révèlent les souffrances des composantes », reconnaît Jean-Christophe Camart, président de l’université.
Trois doyens et trois directeurs de composantes (dont les noms sont donnés dans l’encadré ci-dessous) ont rendu publique jeudi 22 novembre 2018 une « adresse » à l’équipe de direction de l’université de Lille, aux élus du CA et à la rectrice d’académie. Ils protestent dans cette lettre ouverte contre les mesures budgétaires prévues pour l’année 2019. L’établissement envisage de ne pas publier de poste d’enseignant-chercheur titulaire et de se limiter à l’embauche d’enseignants contractuels et du secondaire.

Ce « plan d’ajustement économique et financier » est jugé « inacceptable » par les doyens, qui accueillent dans leurs composantes près de 20 000 étudiants (sur un effectif global de 67 000 étudiants à l’université de Lille). Selon eux, l’accepter revient « à avaliser la dynamique perverse dans laquelle l’État place les universités, devenues soi-disant autonomes, en les sous dotant de manière chronique ». Mais leur critique porte aussi sur le fonctionnement interne de l’université de Lille : selon eux, « les arbitrages ont été imposés » et « il n’y a pas eu véritablement de dialogue de gestion ». « Point de rupture »

« La conséquence la plus tangible de ce plan d’ajustement, à très brève échéance, sera l’incapacité pratique des composantes à assurer l’offre de formation en cours », affirment les doyens, évoquant un « point de rupture ». Ils menacent d’en tirer les conséquences en proposant à leurs conseils « de prendre les mesures qui s’imposent ». Cinq pistes sont évoquées :
1. « Réduire les capacités d’accueil en licence » ou « en cas de passage en force de l’université ou du rectorat concernant ces capacités d’accueil, réduire le nombre de groupes de TD ouverts en L1, L2 et L3, et tirer au sort les étudiants qui seront autorisés à suivre les TD, en sorte de ramener les effectifs à 25 étudiants ».

  1. « Refuser de recruter de nouveaux collègues sur des postes d’enseignants contractuels (autres que Past et Ater). »
  2. « Refuser de mettre en œuvre les nouveaux cursus et les dispositifs de remédiation que les facultés ont eu tant de peine à concevoir ».
  3. « Refuser de désigner les directeurs d’étude (au sens de l’arrêté licence) censés mettre en œuvre les contrats de réussite individuelle en licence ».
  4. « Proposer » si besoin « d’émettre des avis défavorables aux demandes d’autorisation de dépassement de plafond » des enseignants-chercheurs pour prévenir les risques psychosociaux et préserver le temps accordé à la recherche.

La liste des signataires de la lettre ouverte

– Jean-Gabriel Contamin, doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales (8 500 étudiants)

– Laurent Cordonnier, doyen de la faculté des sciences économiques et sociales (3 000 étudiants)
– Christophe Vuylsteker, doyen de la faculté des sciences et technologies (7 000 étudiants)
– Julie Deville, directrice de l’UFR Deccid (développement social, éducation, culture, communication, information, documentation)

– Jérôme Foncel, directeur de l’UFR mathématiques, informatique, management, économie
– Olivier Las Vergnas, directeur du département sciences de l’éducation et de la formation des adultes

Des motions adoptées à l’unanimité Six conseils de faculté, sur une vingtaine de composantes au total, ont exprimé leur mécontentement au sujet du projet de budget 2019 :

  • La faculté des sciences juridiques, politiques et sociales s’interroge sur la stratégie adoptée par la présidence de rentrer coûte que coûte dans les ratios imposés par l’État » et de « sacrifier totalement les emplois d’enseignants-chercheurs » (motion unanime du 22 octobre) ;
    • La faculté des sciences et technologies s’élève contre l’absence de « recrutement pérenne » des enseignants-chercheurs et l’absence de visibilité pour les années suivantes (motion unanime du 24 octobre) ;
  • La faculté des humanités, qui vient d’absorber l’ex faculté des sciences historiques, artistiques et politiques, dit son « inquiétude » et son « incompréhension » au sujet de « la réduction drastique des recrutements » en 2019 – et rappelle au passage que le budget de Lille-III (SHS) était à l’équilibre avant la fusion (motion unanime du 19 novembre) ;
    • La faculté des sciences économiques et sociales estime que l’embauche d’enseignants contractuels « ne constitue pas une solution soutenable » et annonce qu’elle refusera cette solution (motion unanime du 8 novembre) ;
  • L’UFR de psychologie a adopté une motion dénonçant « des conditions de travail de plus en plus dégradées et une charge de travail de plus en plus importante » (motion unanime du 8 novembre).
    • L’UFR Deccid (développement social, éducation, culture, communication, information, documentation) estime que le taux d’encadrement va se dégrader et regrette que toutes les composantes subissent « le même coup de rabot », quelle que soit leur situation (motion non datée).
    Un appel à l’État et à la région

Le CAC a adopté le 15 novembre une motion, sur la proposition du groupe majoritaire Synergies, pour demander « aux pouvoirs publics et particulièrement à l’État et à la région » d’assurer à l’université « les ressources pour assurer ses missions essentielles de service public de formation et de recherche ». Cette motion adoptée par 44 voix « pour », 1 contre et 6 abstentions (une personne ne prenant pas part au vote) constate aussi « que l’université prend ses responsabilités » face aux « multiples contraintes qui pèsent sur elles ».

Enfin, le comité technique de l’université a voté les 8 et 19 novembre à l’unanimité contre le projet de la direction. « La campagne d’emplois 2019 va affaiblir le potentiel d’enseignement et de recherche de l’université tout en laissant subsister les inégalités d’encadrement entre composantes », accuse Gabriel Galvez-Behar, élu Sgen-CFDT au CT. « Comme nous n’avons pas de projection précise sur l’évolution de la masse salariale et du GVT, cette campagne zéro est peut-être la première d’une série de réductions d’emplois », redoute-t-il. Gabriel Galvez-Behar s’interroge d’ailleurs sur le signe envoyé au ministère : « Comment faire la démonstration que nous avons besoin de ces postes s’il est possible de les geler ? »
La réponse du président « Je mesure bien la souffrance des composantes », commente Jean-Christophe Camart, le président de l’université, joint lundi 26 novembre 2018. « Je porterai en mains propres l’ensemble des motions au ministère début janvier, ainsi que l’adresse des directeurs de composantes », précise-t-il. Il ne se reconnaît toutefois pas dans les menaces de « blocage » des doyens. « Les composantes feront ce qu’elles pourront et voudront mais il faut que nous soyons tous responsables », estime le président. « La loi ORE avait pour ambition de limiter le tirage au sort des étudiants : en remettre au niveau des TD serait inéquitable », juge-t-il.
« Ce que je propose est dur, mais ce n’est pas à la même hauteur que dans d’autres universités », plaide Jean-Christophe Camart. « Nous n’avons pas fait le choix d’une année blanche puisque nous allons publier les postes d’enseignants-chercheurs et de Biatss attribués dans le cadre de la loi ORE et que nous avons acté la publication de 13 postes de Prag et de PRCE. Nous accompagnons aussi des composantes, comme la nouvelle faculté des humanités, par des postes administratifs. Enfin, au printemps nous pourrons publier des postes de contractuels, notamment des Ater », développe-t-il.

Une délibération sur le dialogue de gestion reprenant ces grands principes a été adoptée par le CA du 22 novembre par 21 voix « pour », 10 « contre » et 3 abstentions. Le budget primitif 2019 sera soumis au vote du CA le 13 décembre. « Globalement, nous allons rephaser le PPI, maîtriser l’augmentation de la masse salariale et accompagner les composantes qui sont à l’os, notamment sur le fonctionnement », résume Jean-Christophe Camart.

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