Motion de l’IREST sur l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers.

Motion de l’IREST (Institut de Recherche et d’Études Supérieures du Tourisme) sur l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers. 04/12/2018
L’IREST, Institut de Recherche et d’Études Supérieures du Tourisme de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne exprime sa profonde inquiétude devant certains aspects du plan « Bienvenue en France – Choose France » dévoilé par le Premier Ministre le 16 Novembre 2018. Sous l’appellation pudique de « frais d’inscription différenciés », ce plan prévoit en effet une augmentation exponentielle des frais d’inscription pour les étudiants étrangers non originaires de la Communauté européenne : de 170 € à 2800 € en Licence, de 243 € à 3800 € en Master et de 380 € à 3800 € en Doctorat. Si nous ne pouvons que soutenir l’intention affichée de mieux accueillir les étudiants étrangers à leur arrivée en France et dans l’Université, le plan proposé ne nous semble pas répondre à cet objectif et nous paraît inacceptable à plus d’un titre  :
1°)  Dans notre institut, les étudiants non communautaires représentent 20 à 30% des effectifs dans les formations de niveau master, selon les parcours. En 2017-2018, plus de 24 nationalités extra-européennes étaient représentées dans nos formations. Les mesures envisagées entraîneraient l’impossibilité pour les étudiants issus des pays les plus économiquement vulnérables de pouvoir entreprendre ou poursuivre des études supérieures en France. La diversité des origines contribue à la richesse du contexte d’apprentissage pour les étudiants, et d’enseignement pour l’équipe pédagogique. Les coûts d’inscription égalitaires tels qu’ils sont appliqués actuellement permettent à des étudiants d’accéder à des études qui ne sont pas nécessairement disponibles dans leurs pays d’origine, et participent sur le long terme à des échanges et transferts de compétences et connaissances. Bien loin de garantir notre attractivité, une telle mesure aura pour première conséquence  de refermer sur elle-même l’université française. Elle mettra à mal  le travail de construction de partenariats et les échanges académiques internationaux.
2°) Le plan annonce une augmentation des bourses attribuées, celles-ci passeraient de 7000 à 21 000 (ce chiffre incluant à la fois des exonérations et des bourses numéraires). Quand les étudiants étrangers présents en France sont plus de 245 000 en mobilité diplômante (la plupart de ces derniers payant leurs inscriptions en France), le nombre annoncé de bourses supplémentaires semble dérisoire. Le nombre d’étudiants étrangers en France n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années selon Campus France. La France est la première destination non-anglophone choisie par les étudiants poursuivant des études hors de leur pays d’origine, la 4ième sur l’ensemble des pays. Son attractivité ne semble pas particulièrement menacée, mais l’augmentation des coûts d’inscription fait, lui, courir le risque d’une diminution des demandes.
3°) La soudaineté de cette augmentation risque de plonger les étudiants étrangers non-communautaires déjà engagés dans des cycles d’études dans une situation critique. Si des garanties ont été données quant au fait que les étudiants engagés dans un cycle d’étude pourraient le finir sans augmentation, le cas de ceux passant d’un cycle à un autre (licence au master par exemple) est très incertain, puisque laissé à la décision des établissements. L’IREST tient à exprimer toute sa solidarité avec les étudiants étrangers actuellement inscrits chez nous et qui sont, depuis l’annonce de ce plan, plongés dans une extrême inquiétude quant à leur avenir. C’est un honneur pour nous de les accueillir et nous ferons tout ce qu’il est possible de faire pour qu’ils puissent sereinement continuer à étudier chez nous. Soulignons d’ailleurs que le financement de la généralisation des « bonnes pratiques d’accueil » n’est pas expliqué clairement, et que le projet semble surtout envisager de récompenser des initiatives déjà existantes. Cela risque de creuser encore l’inégalité entre universités, défavorisant celles, en sous-effectif, où le personnel et les enseignants-chercheurs peinent déjà à accomplir leurs missions d’accueil, d’enseignement et de recherche.

4°) Une telle augmentation sans précédent des frais d’inscription va à l’encontre du mode de financement normal de l’université française et qui privilégiait, au nom de la mission de service public, des droits d’inscription accessibles pour tous. Alors que de nombreuses universités s’apprêtent de nouveau à geler des postes et à supprimer des services essentiels au bon fonctionnement de l’université, comment ne pas voir, dans cette décision, un premier pas vers un changement global de paradigme visant à la généralisation de l’augmentation massive des droits, pour tous les étudiants, français comme étrangers ? La publication dans la presse, au même moment, d’un rapport de la Cour des comptes préconisant une telle augmentation généralisée ne peut malheureusement que donner du poids à cette suspicion.
Nous invitons d’ores et déjà, tous les collègues et étudiants qui se sentiront concernés à signer la pétition suivante :Non à l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant.e.s étranger.e.s !

Motion adoptée à l’unanimité (13 POUR)

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