Parcoursup, réforme du bac… la méthode Blanquer en question

Parcoursup, réforme du bac… la méthode Blanquer en question

Le Monde, jeudi 20 décembre 2018

Le ministre de l’éducation a mis en chantier des réformes d’ampleur, sans oser ouvrir véritablement le débat avec les lycéens

Le mouvement lycéen est-il derrière nous? C’est en tout cas ce qu’a déclaré le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, dimanche 16 décembre, sur Europe 1. Apparue dans le sillage des  » gilets jaunes  » de manière diffuse et parfois violente, la mobilisation, qui a touché, au plus fort des blocages, jusqu’à 470 des 2 500 lycées publics le 7 décembre, avant de s’essouffler ces derniers jours, n’a pas empêché plusieurs mots d’ordre de résonner.

 » Non à la sélection à l’université  » ,  » Non à un bac maison « … De Paris à Marseille, en passant par Denain (Nord) ou Orthez (Pyrénées-Atlantiques), ce sont deux grandes réformes éducatives celle de l’accès à l’enseignement supérieur et celle du lycée qui sont visées. Mais pourquoi maintenant, alors que la plate-forme d’admission dans l’enseignement supérieur, Parcoursup, est en place depuis un an? Alors que dix mois sont passés depuis la présentation de la réforme du baccalauréat, qui, ne cesse de souligner M. Blanquer, avait  » recueilli à l’époque un assentiment large  » ?

Il y a, aux dires des observateurs du monde scolaire, un  » effet d’opportunité évident  » sur lequel ont misé les lycéens en s’adossant au mouvement social en cours. Il n’empêche : la méthode du gouvernement pour mettre en chantier deux des promesses de campagne du candidat Macron peut aussi être interrogée.

La sélection, notion taboueSur le terrain universitaire, la communication de la ministre de l’enseignement supérieur a en permanence exclu le mot  » sélection « . Pas question pour Frédérique Vidal d’assumer cette notion taboue pour définir le système mis en place en urgence, en 2017, dans le but de remplacer le tirage au sort à l’entrée des licences par un examen sur dossier, lorsque les places viennent à manquer. Le message de la ministre n’a pas varié face aux critiques :  » Chaque élève aura un voeu accepté dans la licence de son choix « .

C’est aussi sur la liberté de choix qu’a insisté M. Blanquer, en dessinant son projet de nouveau lycée, censé permettre au lycéen de définir un parcours  » à la carte « , évalué de manière plus légitime et moins chronophage grâce à un bac  » remusclé  » autour de quatre épreuves terminales cinq, si l’on compte le nouvel oral. Les deux ministres, à chaque fois, ont donné l’impression d’éluder le débat sur les principes auxquels touchent ces deux réformes : celui d’un baccalauréat national d’un côté, celui de la non-sélection à l’entrée de l’université de l’autre. Arguer, comme l’a fait le gouvernement, du  » pragmatisme  » ou de  » l’urgence  » pour faire avancer des réformes sur lesquelles d’autres, avant lui, ont reculé n’a pas suffi à convaincre la jeunesse.

Quand bien même à l’université la sélection n’a eu lieu que dans une minorité de filières, quand bien même celle-ci existait auparavant avec un tirage au sort dénoncé de toutes parts, quand bien même des commissions étaient chargées de repêcher des bacheliers restés sur le carreau, le débat, en amont, n’a jamais été posésur les critères de sélection appliqués puisque de sélection, il n’a tout simplement pas été officiellement question.

 » Le gouvernement, même s’il a été confronté à de l’idéologie chez ses opposants, aurait dû avoir la franchise de dire ce qu’il faisait vraiment, sans se cacher derrière un écran de fumée , estime un responsable universitaire pourtant favorable à cette réforme. Quand on prend les gens pour des andouilles, ça les énerve!  » Ce n’est pas pour rien que les lycéens ont lancé leurs journées d’action avec le mot-clé #revanchelycéenne sur Twitter. Le ministre Blanquer aura beau répéter à leur adresse qu’ils ont été 40 000 à être consultés sur les changements à l’oeuvre , l’étape du dialogue n’a pas eu lieu, selon eux.

 » Vous nous avez expliqué la théorie, on se confronte aujourd’hui à la pratique, a affirmé Louis Boyard, le porte-parole de l’Union nationale lycéenne, le 14 décembre sur France Inter. C’est bien beau de nous dire que tout le monde aura le choix; concrètement, cette réforme va accroître les inégalités mais aussi briser des avenirs.  » Ce que redoutent les lycéens mobilisés, avec l’introduction du contrôle continu dans le futur baccalauréat, et celle d’enseignements de spécialités dans le futur lycée, c’est une remise en cause du caractère national de l’examen.

L’invitation, lundi 17 décembre, du Conseil national de la vie lycéenne peut-elle suffire à dissiper les inquiétudes?  » Informer n’est pas consulter, fait observer Robi Morder, président du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants. Les gouvernants ont souvent pris les jeunes de haut. Leurs organisations sont décrites comme minoritaires, leurs mobilisations comme illégitimes. Tant que les lycéens ne prennent pas la rue, leurs revendications sont inaudibles. Pourquoi, dès lors, s’embarrasser de tels partenaires? « , interroge le chercheur.

La stratégie d’évitement du gouvernement s’est encore vérifiée avec l’annonce, le 19 novembre, de l’augmentation des droits d’inscription des étudiants étrangers. L’  » injustice  » de la mesure a fait l’unanimité contre elle. Et pour cause : la quasi-gratuité compte parmi les principes ancrés à l’université depuis des décennies. Le gouvernement a pourtant fait le choix d’y toucher sans ouvrir un dialogue avec la communauté universitaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s