Lourdes peines pour les gilets jaunes ce 26 décembre 2018

« C’est un trophée pour montrer aux copains ! » , Le canard enchainé , mercredi 2 janvier 2019

MERCREDI 26 décembre, tribunal de Valence. Quatre gilets jaunes comparaissent pour « violences en réunion sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Ils sont plus ou moins jeunes : Maria B., 37 ans, une boulangère bio inscrite au PC ; Tom, 22 ans, en formation de cordiste ; Dylan, 22 ans, ancien pompier, en BTS ; et Stéphane, 40 ans, vidéaste. Ils ne se connaissent pas. Aucun d’eux ne gagne plus que le smic. Leur casier est vierge.

Après la dispersion d’une manif de gilets jaunes dans une zone commerciale, ils se trouvent pris dans une échauffourée. Alors qu’un homme ceinture un manifestant au sol, des gilets jaunes s’attroupent. Un individu s’interpose. Ils interviennent, échangent quelques coups avec les deux sans gilet. Pas de chance, c’étaient deux policiers en civil ! Celui qui est à terre est le directeur départemental et l’autre est son chauffeur. Leurs brassards « police » étaient-ils visibles ?

Sur la vidéo projetée à l’audience, ça ne saute guère aux yeux. Certes, on voit l’un d’eux sortir son arme, l’agiter vaguement en direction des gilets jaunes avant de la rengainer. Cela ne fait pas reculer leurs adversaires (qui affirment n’avoir pas compris tout de suite de quoi il s’agissait). Pour le procureur, c’est bien le signe que ce sont des « bouffeurs de flics qui n’ont peur de rien »…

Tout au long du procès, le président est à son affaire. Il raille les accusés : « Vous avez un masque de ski, ben oui, c’est la saison ! » Il multiplie les commentaires acides. Devant l’image d’un coup de pied « Donc, là, on vous voit en train de faire cesser la violence ! » Un ancien gardien de la paix témoigne par écrit. N’ayant pas vu leurs signes distinctifs, il a demandé aux deux policiers de s’identifier comme tels et s’est pris en retour une décharge de Taser. Pour l’avocate de la partie civile, « un témoignage fantaisiste ».

Dans la scène, filmée, elle voit « une déferlante, une vague de haine ! Ils sont entourés par une meute déchaînée qui voulait casser du flic ! ». La preuve : deux jours d’ITT pour l’un, trois jours pour l’autre. Le procureur s’enflamme: « Avec le mouvement des gilets jaunes, on a des gens qui viennent foutre le bordel, bouffer du flic ! Alors, ici, c’est bonheur ! » Et il rapproche la scène de Valence de celles vues à Paris près des Champs. Désignant Maria, coupable d’avoir arraché le bonnet du flic à terre : « C’est un trophée pour montrer aux copains ! Un bonnet de flic ! Elle chope le « trophée » j’vous l’dis ! » Dommage qu’elle ait abandonné le « trophée » à terre.

Pour elle, 3 mois ferme et 6 avec sursis. Pour les autres prévenus, auteurs de quelques coups de pied, 1 an ferme et 6 mois avec sursis, 6 mois ferme et 6 avec sursis, et 4 mois ferme et 6 avec sursis. Et, pour tous, 3 ans d’interdiction de manifester. Pourquoi pas à vie ?

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