Henri Guillemin raconte l’épopée de la Commune

Henri Guillemin raconte l’épopée de la Commune

Jean-Luc Parquet, « Le canard enchaîné », mercredi 20 mars 2019

Dans trois DVD et un livre, « Réflexions sur la Commune » (Les Mutins de Pangée), Henri Guillemin raconte l’épopée de la Commune. Plus qu’un coffret, un pavé !

« SALUT ! » commence-t-il. Yeux de hibou, énormes lunettes à large monture, Henri Guillemin (1903-1992) nous fait face. C’est le prof qu’on aurait aimé avoir, un prof plein de fougue et de passion. Il commence par planter le décor. 1870 : le second Empire bat de l’aile. C’est une société impitoyable. Le baron Haussmann, dans un rapport même pas tenu secret (« une imprudence », note Guillemin), relève que, sur 1,7 million de Parisiens, «plus de 1 million sont dans une pauvreté voisine de l’indigence ». Partout gronde la colère. « Vieille ruse : quand il y a des difficultés intérieures, on va orienter l’esprit des gens du côté de la frontière. »

Napoléon III attaque la Prusse. Désastre il est fait prisonnier à Sedan. Le 4 septembre, les Parisiens proclament la République, troisième du nom. Tout commence. Ce que redoutent avant tout les « honnêtes gens », comme se qualifient eux-mêmes les possédants, ce n’est pas la défaite militaire face à Bismarck, un homme avec qui on peut s’entendre. Mais qu’à l’occasion de ce grand chambardement le bas peuple et ses représentants prennent le pouvoir : « L’important, c’est de conserver la structure économique et sociale, l’ordre établi, celui qu’avait si bien défini Voltaire `Le petit nombre fait travailler le grand nombre, et nourri par lui le gouverne. »»

Les Jules prennent les devants : ces députés républicains bon teint, Jules Simon, Jules Favre, Jules Ferry (coiffés par un autre Jules, le général Trochu), se précipitent à l’Hôtel de Ville pour déclarer qu’ils forment un gouvernement provisoire (prétendument « de défense nationale »). « Terrifiés qu’ils sont qu’à Paris s’établisse un gouvernement socialiste, ils n’ont qu’une seule pensée : que la victoire allemande s’accomplisse le plus vite possible. » Tout en criant « République ! », ils pensent « On va leur donner le mot, mais pas la chose : une République sans contenu. » Leur seul but : la capitulation. Leur « unique moyen de survie : la duplicité ». Les Prussiens font le siège de la capitale.  L’armée fait semblant de résister. Le général Trochu l’avouera : son seul but était de gagner du temps, pour capituler au plus vite. « Une trahison ! » tonne Guillemin, qui ajoute : « Eh bien, c’est cela, l’origine directe de la Commune. »  Polémiste redouté, fouilleur d’archives redoutable, l’historien Guillemin ne cache pas ses convictions de gauche. Rejeté par la Sorbonne, il s’est établi à Neuchâtel (Suisse). D’où ses multiples conférences tournées par la Télévision suisse romande – dont celles-ci. Son histoire à lui est engagée. Mais, avant tout, « loyale ». Le 18 mars, Thiers décide d’en finir avec la « canaille ». Il veut opérer « une rafle gigantesque de républicains extrémistes » en prenant pour prétexte des canons de Montmartre (« pourtant totalement inoffensifs ») à récupérer. Mais, catastrophe, les régiments fraternisent avec les Parisiens ! Lesquels s’instituent en Commune -jusqu’alors, Paris était considérée comme trop dangereuse pour avoir une municipalité élue. Elle durera dix semaines.

Guillemin en raconte tout, les élans formidables, les espoirs fous, mais les crimes aussi. Et la fin tragique : la « semaine sanglante », qui fit au moins 20 000 morts… Thiers : « Le sol de Paris est jonché de cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon. » Pour célébrer cette boucherie, les honnêtes gens firent édifier la basilique du Sacré-Coeur.

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