Sois prof et tais-toi!

Le canard enchaîné, mercredi 5 juin 2019

QUAND c’est flou, « c’est qu’il y a un loup », disait la grand-mère de Martine Aubry. Aussi le nouveau et nébuleux devoir d’« exemplarité » des enseignants, institué par l’article 1 du projet de loi pour une école de la confiance de JeanMichel Blanquer, est-il perçu par les syndicats d’enseignants comme un moyen de museler les profs trop critiques en accentuant leur devoir de réserve, déjà défini par la loi du 13 juillet 1983. Paranoïa ? A voir…

Liberté contrôlée

Le 19 mai, le directeur académique de l’Hérault, Christophe Mauny, diffusait tranquillement sur son compte Twitter personnel, accessible à tous, une vidéo de JeanMichel Blanquer faisant de la retape pour la liste En marche ! aux européennes. Sauf que, un mois plus tôt, le même Mauny convoquait au rectorat de Montpellier un certain Sébastien Rome, adjoint au maire de Lodève et enseignant dans l’Hérault. Le motif, expliqué en quatre mots secs ? « Votre manière de servir. » Fichtre. L’élu local socialiste, directeur d’école pendant quinze ans, avait bien donné, courant mars, une interview à France Bleu Hérault dans laquelle il s’inquiétait d’un article de la loi Blanquer prévoyant de fusionner les directions des petites écoles rurales. Il avait aussi cosigné une tribune dans « Le Monde » sur le même sujet. Mais l’enseignant n’imaginait pas une seconde pouvoir être inquiété pour ses prises de parole, alors qu’il tient un blog sur l’éducation depuis des années sans que sa hiérarchie s’en émeuve.

Et pourtant Mauny reproche à Rome de n’avoir pas respecté son devoir de neutralité, en tant que fonctionnaire. L’enseignant se défend ; il connaît ses droits. En tant qu’élu, sa liberté d’expression est garantie. Mais la sanction tombe : une « lettre d’admonestation », versée à son dossier administratif, qui pointe une « confusion manifeste entre [sa] posture d’élu et [son] statut de fonctionnaire de l’Education nationale ».

Vendredi dernier, face à la bronca des syndicats enseignants locaux, la sanction de Rome a été effacée de son dossier. Mais un syndicaliste s’interroge : « La liberté d’expression varie donc selon que vous êtes pro ou anti-gouvernement ? » Impensable.

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