Il faut VRAIMENT fermer les universités !

Coups d’épée dans l’eau, 15/03/2020

Après plus de deux mois d’inaction totale, au point que les professions médicales ne disposent même pas des équipements de protection individuelles les plus élémentaires (et que les médias répandent partout le mensonge de l’inutilité du port de masques — vérité en deça du Tian Shan, erreur au-delà), il n’est pas nécessaire de s’étendre sur les demi-mesures annoncées par Macron le 12 mars avec effet différé au 16 mars, délai pendant lesquels le nombre de personnes infectées aura été multiplié par quatre; ni sur la décision insensée de maintenir les élections municipales.

Mais le comble est atteint lorsque, à l’instigation du ministère, la fermeture annoncée des universités se transforme en simple suspension des cours présentiels pendant que toutes les autres activités sont censées continuer comme si de rien n’était, et l’ensemble du personnel contraint de poursuivre ses activités, voire de les redoubler pour mettre en place des enseignements à distance.

Le président de Sorbonne Université a ainsi eu l’audace d’annoncer hier devant le comité technique qu’il s’exprimait, non pas en tant que président, mais en tant que médecin, pour mieux minimiser la gravité de la situation en affirmant « l’épidémie la plus dangereuse est la peur » . Déjà la veille, devant la CFVU, et après avoir demandé que lèvent le doigt ceux qui étaient vaccinés contre la grippe (!), il avait ainsi déclaré : « Ah bon ? vous n’avez pas peur de la grippe ? dans ce cas, vous n’aurez pas peur du coronavirus. » Changeant de casquette pour la deuxième fois  en se plaçant explicitement dans la position de chef d’entreprise, M. Chambaz a ensuite vu l’épidémie « comme une opportunité pour rattraper le travail en retard et le réorganiser ».

Il faut dire les choses nettement, ces décisions sont irresponsables, voire criminelles. S’agissant par exemple des universités parisiennes, la majorité du personnel (dont le traitement ne permet pas d’habiter à Paris ou en proche banlieue) est contraint de se déplacer en train, RER et métro, ce qui multiplie les risques de contaminaton. Beaucoup résident dans des foyers de contamination identifiés (Creil-Paris 29mn, Crépy en Valois-Paris 35 mn). Pourtant, la distributon d’équipements de protection individuelles n’est même pas envisagée, au contraire considérée avec dédain.

Que faire ?

  • D’abord rappeler aux chefs d’établissements et aux chefs de service et directeurs de labo qu’ils ont obligation de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité (art. 3-1 du décret n° 82-453, art. L4131-1 du code du travail).
  • Exiger la réunion d’une ou plusieurs séances du CHSCT.
  • Le cas échéant, le CT peut saisir du CHSCT en application de l’article 34 du décret n° 2011-184.
  • Emettre en CHSCT des avis demandant la fermeture des services non indispensables.
  • Mise en place de mesures de protection : désinfection des locaux, désinfection régulière des poignées de porte, des ascenseurs, distribution d’EPI, distribution de gels hydroalcooliques.

Chaque fois qu’un cas de contamination apparaît dans un service (situation qui est amenée à se multiplier) un membre du CHSCT doit faire une déclaration au registre des dangers graves et imminents. Cette  déclaration permet au CHSCT de solliciter l’intervention de l’inspecteur du travail et déclenche une enquête immédiate (art. 5-5 et 5-7 du décret n° 82-453). En cas de désaccord sur la nature du danger ou la façon de le faire cesser, le CHSCT doit être convoqué dans les 24h. Si le désaccord persiste, l’inspecteur du travail est automatiquement saisi. Toute cette procédure est à répéter autant de fois que nécessaire.

Dès lors que le CHSCT a émis des avis (que l’administration ne peut ignorer) les agents contractuels qui pourraient être victimes de la maladie contractée sur leur lieu de travail bénéficient de la clause de la faute inexcusable de l’employeur (art. 5-9 du décret n° 82-453).

La remarque de M. Chambaz citée plus haut s’inscrit bien sûr dans le principe selon lequel « A quelque chose malheur est bon » ou, comme disent plus crûment les anglo-saxons « Never let a crisis go to waste ». Quelle meilleure occasion en effet d’accélérer l’industrialisation de nos métiers et de développer l’ « innovation pédagogique » dans ses variantes « formation à distance » et autres MOOC?
Nous savons bien pourtant que la transmission des connaissances a ceci de commun avec celle des virus : elle nécessite un contact direct.

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