Livre à lire : « Liberté, égalité, incertitude » de Jan-Werner Müller

Préserver « l’infrastructure critique » des démocraties
Ces derniers enjeux sont justement au cœur d’un essai récent de Jan-Werner Müller, intitulé Liberté, égalité, incertitude (Premier parallèle, 2022), dans lequel il tente d’identifier quels sont les ressorts de la démocratie à protéger contre la « tendance mondiale à l’autoritarisme ».

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Ce spécialiste des idées politiques ne voit nulle fatalité dans cette tendance, et encore moins le résultat d’une adhésion profonde des masses aux valeurs autoritaires (d’après certaines enquêtes mondiales, auxquelles il ne se réfère pas, c’est même le phénomène inverse qui prévaudrait). Bon nombre d’exemples historiques, remarque Jan-Werner Müller, attestent que « ce ne sont pas les gens ordinaires qui décident de se débarrasser de la démocratie, mais les élites ».

Il ne nie certes pas que les dirigeants autoritaires soient capables de se constituer une base sociale, d’abord à force de polarisation, à travers les « guerres culturelles », puis à coups de détournement des institutions de l’État, de « clientélisme de masse » et de désinformation. Mais si cette stratégie fonctionne, c’est qu’elle est le résultat d’une fragilité initiale, à savoir celle de « l’infrastructure critique de la démocratie ».

Selon lui, la solidité de cette infrastructure repose essentiellement sur la bonne santé des partis et des médias. Ceux-ci seraient « indispensables pour que la représentation fonctionne et que les conflits soient pris en charge ». On comprend que la situation soit inquiétante : en plus d’avoir été affaiblies de différentes manières, ces institutions ne sont pas spécialement appréciées du grand public – en France, elles figurent traditionnellement parmi celles qui enregistrent les plus bas taux de confiance de la population interrogée.

Il serait d’autant plus impératif et urgent que leur financement les protège d’une capture par les classes privilégiées, et que leur fonctionnement empêche qu’un despotisme interne s’exerce en leur sein (que ce soit sur les adhérents ou sur les journalistes). Jan-Werner Müller discute à cet égard de nombreux dispositifs dont la classe politique ne s’est pas encore emparée, préférant préserver des intérêts de court terme plutôt que de traiter les vulnérabilités à la base de notre système démocratique.


Comment réagir, toutefois, si la régression s’est enclenchée au point qu’un régime initialement démocratique menace de basculer durablement dans l’autocratie ? Pour l’universitaire, l’option de la désobéissance civile doit être envisagée.

« Ne pas obtenir la législation que je soutiens n’est pas une raison suffisante pour que je désobéisse, précise-t-il. Il doit y avoir des raisons pour lesquelles, au fil du temps, vu les distorsions systématiques du processus politique et l’absence d’engagement mutuel des citoyens, les perdants ne peuvent pas, en conscience, consentir aux choix politiques. »

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